On parle de l’ONG

Retrouvez ici toutes les publications des médias extérieurs à L’ONG des villageois de Ndem, aussi bien des articles que les videos.

Ndem un oasis au milieu du désert avril 2021 et mai 2021

L’ONG Ndem au sénégal 2010

La filière textile à Ndem

Le combustible Bioterre

Parole de partenaire

Ndem et son environnement 2013

Un village d’&rtisanat moderne et modèle

Projet Bio-combustible en 2015

Articles de presse et sur internet

Franceinfo Afrique | 24 avril 2021

Au Sénégal, travail, commerce équitable et spiritualité rythment la vie de l’ONG des Villageois de Ndem depuis 30 ans

Des disciples de la confrérie musulmane soufie Baye Fall ont transformé le village de Ndem en une oasis de prospérité pour les habitants de la région.

Spiritualité, travail et relations humaines cimentent la vie des disciples de Baye Fall, une branche de la confrérie musulmane soufie des Mourides, et des membres de l’ONG des Villageois de Ndem.

Développer des projets agricoles, créer de nombreuses structures artisanales et offrir des métiers respectueux de l’environnement ont permis à l’ONG d’avoir une économie florissante et d’améliorer les conditions de vie de milliers de personnes.

Au Sénégal, Serigne Babacar Mbow, chef spirituel de confession Baye Fall (branche de la confrérie soufie des Mourides) et son épouse d’origine française, Sokhna Aissa Cissé, ont créé en 1985 l’association des Villageois de Ndem, à 120 kilomètres de Dakar. Dans une région en proie à la sécheresse, aux vents du Sahel et à l’avancée du désert, cette association a voulu générer une dynamique collective. Améliorer les conditions de vie des populations, permettre aux villageois d’exploiter leurs terres et développer des activités génératrices d’emplois s’inscrivent parfaitement dans les principes de la mystique Baye Fall, comme définie par Serigne Babacar Mbow.

L’association villageoise qui s’est fortement développée au fil des années est devenue en 2006 l’ONG des Villageois de Ndem. Aujourd’hui, elle est pilotée par une assemblée générale constituée de 4 600 adhérents provenant du regroupement de seize villages de la région. Une fois par an, ses membres définissent les grandes orientations et les projets à développer ou à améliorer dans des domaines aussi divers que la santé, l’hydraulique, l’agriculture, l’éducation, l’artisanat, le commerce équitable, l’environnement et la micro-finance. Un baobab trône à l’entrée de Ndem. Emblème du Sénégal et symbole de l’ONG, cet arbre très présent dans la culture populaire africaine est considéré comme sacré.

Certains spécimens du baobab, un arbre qui se gorge d’eau à la saison des pluies et pousse sur un sol sec, peuvent être âgés de 2 000 ans. Il peut fournir plus de 200 fruits (pain de singe) par an qui chacun peut contenir en moyenne 300 graines enrobées d’une pulpe. Après la récolte des fruits, plus d’une centaine de femmes de Ndem et des villages alentours se réunissent pour récupérer les graines et les transformer en poudre. Cette poudre aux nombreuses qualités nutritionnelles, largement utilisée dans l’alimentaire, est de plus en plus sollicitée par les consommateurs étrangers. Et elle permet aussi la fabrication de crème cosmétique.

A l’ONG des Villageois de Ndem, 10% de la population sont issus de la communauté Baye Fall pour qui le travail est associé à une forme de prière. Car si les nombreuses activités permettent une croissance économique à travers des réalisations de développement durable, elles sont aussi la meilleure façon de servir Dieu. « Nous sommes poussés vers l’amour du partage, du travail, en réfléchissant à l’amélioration des conditions de vie dans notre environnement en harmonie avec la nature », a déclaré un de ses membres à Reuters. Cette philosophie a largement contribué au développement de Ndem.

En 1987, l’atelier de couture et la marque Maam Samba ont vu le jour. Les premières créations et confections artisanales ont été mises en vente à Paris. « Traditionnellement, il y avait du coton à Ndem », explique une habitante d’origine franco-américaine arrivée au village en 2003 et citée par franceinfo Afrique en 2017. Elle se souvient encore de sa rencontre avec une grand-mère qui avait une égreneuse traditionnelle : « Au village, tout a commencé avec une machine à coudre rapportée de France par Serigne Babacar. Les agriculteurs sont alors devenus des tailleurs. »

Le centre des métiers Maam Samba de Ndem, qui regroupe maintenant une douzaine d’ateliers, fabrique 400 types de produits. Près de 300 salariés, dont 60% sont des femmes, y travaillent quotidiennement, précise le site Artisans du Monde, une association française liée au commerce équitable fondée au début des années 1970.

La majorité des artisans œuvrent dans les ateliers de tissage, de teinture, de confection de vêtements et tissus d’ameublement qui forment la principale filière. Une autre branche pour l’instant moins développée regroupe les ateliers du cuir, du métal, du bois et de la vannerie.

Aujourd’hui, vêtements, linge de maison, parures de lits ou encore coffrets de rangements et petits paniers s’exportent dans le monde entier. Les matériaux sont produits et vendus dans des conditions et dans un cadre équitable à travers un réseau de boutiques au Sénégal mais aussi à l’étranger (France, Italie, Suisse…)

L’une des préoccupations de Ndem concerne bien sûr l’éducation des enfants. Plus de 300 élèves sont scolarisés en primaire chaque année. Crèche, maternelle, collège, bibliothèque et cantine scolaire ont ainsi vu le jour. Au départ, les cours étaient donnés par des bénévoles. Maintenant ce sont des instituteurs d’Etat qui assurent l’enseignement.

Maam Samba Mbow, 22 ans, dont l’arrière-arrière-grand-père a fondé le village, est coordinateur de développement des projets de l’ONG. A la demande des dirigeants mourides, il a déménagé à Mbacke Kadjior, berceau du mouvement Baye Fall, à quelques kilomètres de Ndem. « L’un des principaux objectifs est de vraiment ralentir l’exode rural pour créer une économie locale dynamique qui soit bonne pour les villageois, afin qu’ils puissent avoir une vie heureuse et des activités intéressantes », explique-t-il à Reuters. Tisser des liens entre les communautés, offrir une vie simple fondée sur une spiritualité généreuse, le travail et la solidarité, forment l’essence de l’ONG des Villageois de Ndem.

Article: Laurent Filippi Rédaction AfriqueFrance Télévisions

Photos: Zohra Bensemra

Lequotiden.sn | 16 avril 2019

Symposium Art de développement : L’exemple de l’éco-village de Ndem

L’art peur être un levier de développement pour les régions rurales. L’exemple de l’éco-village de Ndem dans le Baol est assez illustratif. A l’occasion d’un symposium organisé au mois de septembre dernier au Musée des civilisations noires dans le sillage de l’exposition sur «L’émergence de la campagne chinoise à travers le développement», en collaboration avec la Shanghai academy of fine arts, le Dr Thierno Guèye a expliqué le succès de cette initiative qui repose essentiellement sur la foi et les expertises traditionnelles, locales et solidaires.

Après un séjour de dix ans en France, en Italie et en Suisse, Cheikh Babacar Mbow, disciple Baye Fall, retourne en 1984 dans le village de ses ancêtres à Ndem pour y créer un daara, une école coranique. Lorsqu’il s’installe dans ce village du Baol, la sècheresse y sévit. Les populations subissent l’avancée du désert et connaissent un exode des forces vives. Le village manque d’infrastructures sanitaires, d’école et d’eau potable. Seule l’agriculture saisonnière était pratiquée dans un contexte de rareté des pluies et d’appauvrissement des sols. C’est dans cet environnement que le Cheikh et son épouse Sokhna Aïssa Cissé, originaire de France, s’installent à Ndem. Quelques décennies plus tard, le village est devenu un modèle de développement «illustratif du mode de vie alternatif pour ce monde surtout occidental peu soucieux au final de l’environnement».
Dr Thierno Guèye, enseignant chercheur à la Faculté des sciences de l’éducation et de la formation (Fastef) de Dakar, s’est penché sur l’éco-village de Ndem. Le Dr Guèye a présenté le succès de cette initiative qui repose essentiellement sur la foi et les expertises traditionnelles locales et solidaires à l’occasion du symposium organisé dans le sillage de l’exposition sur «L’émergence de la campagne chinoise à travers le développement», organisé par la Shanghai academy of fine arts en collaboration avec le Musée des civilisations noires. Le thème du symposium qui portait sur «La campagne en évolution avec la globalisation» a été l’occasion de présenter plusieurs expériences artistiques qui se sont déroulées dans les campagnes sénégalaises. «Ndem est une illustration du potentiel humain africain bâti par le savoir sain avec un bonne dose de spiritualité incarnée par le guide de Ndem : Serigne Babacar Mbow», estime Dr Guèye qui explique que le modèle initié et développé par Cheikh Babacar Mbow et Sokhna Aïssa Cissé depuis plus d’une trentaine d’années «repose essentiellement sur la foi et les expertises traditionnelles locales et solidaires». Dr Guèye explique que c’est en plaçant l’humain au centre, en l’inscrivant dans l’environnement qui le nourrit et le protège et en mettant les femmes au premier plan de leurs activités que Cheikh Babacar Mbow et son épouse ont développé Ndem. «Ils ont créé le Centre des arts et métiers, Maam Samba de Ndem, qui constitue une grande unité artisanale, structurée et organisée qui a su allier intelligemment les savoir-faire traditionnels et les bienfaits des innovations technologiques, tout en s’appuyant sur l’accessibilité des moyens de communication afin de livrer ses productions partout au Sénégal et en Europe», dit-il dans sa présentation.
L’Association des villageois de Ndem regroupe dès le départ une quinzaine de villages et 4 600 habitants dont les 90% sont des femmes, un indicateur fiable de l’ampleur de l’exode rural dans la région. En 2007, l’association est devenue une Orga­nisation non gouvernementale (Ong) afin de s’adapter aux exigences de sa mission et relever les nouveaux défis auxquels sont confrontées les populations.

Centre des arts et métiers de Ndem
Aujourd’hui, «le Centre des arts et métiers Maam Samba en constitue le poumon et la foi ‘’baay faal’’ le cœur», constate le Dr Guèye. «Cette unité de création et de production regroupe en effet divers ateliers qui sont spécialisés dans la filature et le tissage traditionnel de coton, les teintures naturelles et chimiques, la coupe et la confection, la broderie, la décoration, l’ameublement, le bois, le métal, le cuir et la vannerie. Ces ateliers sont pilotés par un bureau de coordination qui dispose d’un magasin de stockage des matières premières et d’une galerie d’exposition et de vente. Ce centre, à lui seul, emploie directement jusqu’à 360 personnes dans les périodes de forte demande.» Une trentaine d’années plus tard, le Dr Guèye estime que «le succès de cette initiative repose essentiellement sur la foi et les expertises traditionnelles locales et solidaires». Les produits issus des ateliers de Ndem se vendent tant au Sénégal qu’à l’extérieur, notamment dans beaucoup de pays du nord. Et l’organisation fait partie de plusieurs réseaux de commerce équitable dont Artisans du monde.

ART ET CULTURE | Février 2008

Les ateliers Maam Samba

Sauvegarder l’authenticité africaine, ses couleurs, son esprit, tout en adaptant les produits aux exigences d’un marché international moderne à la compétitivité toujours plus exigeante. Voilà le Pater Noster des Ateliers Maam Samba. Ce mois-ci, c’est notre coup de cœur artisanal…

Situé à quelques kilomètres de Bambey, les Ateliers Maam Samba perpétuent la tradition d’un artisanat de qualité ouvert sur le monde moderne. Avec ses tissus 100 % fabrication locale, coton de malikane, bazin, voile… Ils réalisent des textiles de vêtement, d’ameublement mais aussi d’accessoires. Couleurs rappelant les racines africaines et finitions à la hauteur d’un marché toujours exigeant, l’artisanat Maam Samba s’exporte de plus en plus.

Couleurs : Une palette de 50 coloris est disponible pour le coton, …le « Sorr », qui revalorise le tissage traditionnel du coton. Et il existe 12 tons pour le bogolan. Les couleurs de ce dernier, rouge, marron, orangé, fauve, kaki, ocre… sont obtenues grâce au mélange de l’argile des marigots et des feuilles ramassées dans la brousse du Baol le « Nguédjiane ».

Au village de Ndém où se situent les ateliers, on trouve également d’autres artisanats : poterie, vannerie, cuir, métal, poupées et même calebasses… Du savoir faire ancestral et d’objets domestiques, les artisans de Maam Samba ont réussi à obtenir un artisanat plus moderne, plus créatif, pour faire face à une demande plus artistique.

Les ateliers sont également créateurs d’emplois. Aujourd’hui le village offre 350 emplois à temps plein ou partiels dont 60 % aux femmes. Les Ateliers représentent donc l’unique espoir d’emploi stable local.

Sol-asso.fr | témoignage

Berta Gielge « L’agroécologie, c’est envisager la terre comme une entité à respecter »

Berta, chargée de projet Biofermes Sénégal de notre partenaire local l’ONG des villageois de Ndem, était ces derniers jours en Europe pour rencontrer les acteurs de Biofermes en France. Ce fut l’occasion pour chacun de parler agroécologie, préservation des semences et de l’avancée du projet dans les deux pays. Chez SOL, nous n’avons pas pu résister, et nous lui avons posé quelques questions sur son parcours, son ONG et, surtout, sur le projet. Découvrez ce témoignage enrichissant !

SOL : Berta, vous êtes chargée de projet de Biofermes Sénégal au sein de l’association Ndem. pouvez-vous nous rappeler votre parcours, ce qui vous a amené au Sénégal et comment vous avez découvert l’association Ndem ?

Berta Gielge : Je suis Autrichienne-Polonaise et j’ai rencontré la communauté Ndem en 2009. Je l’ai rejointe par la suite en 2011. Je vis là-bas depuis. Mon accroche ne se limite pas à mon engagement pour l’association. En effet c’est d’abord la dimension de vie communautaire sur place qui m’a attirée et dans laquelle je me suis retrouvée pleinement. C’est la raison principale pour laquelle j’ai décidé de m’installer au village, ce n’est que par la suite que je me suis engagée. L’esprit du collectif suivait mes idéaux. Ndem ce n’est pas qu’une association, c’est un village communautaire empreint d’une dimension spirituelle. La vie s’organise en commun : repas, la gestion du village …

SOL : Pouvez-vous nous présenter brièvement l’association Ndem et les actions qu’elle a déjà menées ?

Berta Gielge : L’association Ndem s’est formée dans les années 1980 autour d’une nécessité, celle de reconstruire les bases du village. Au début, il s’agissait de répondre aux besoins IMG_20171207_150209vitaux et au manque cruel d’infrastructures essentielles. Il a ainsi été question d’améliorer l’accès à l’eau, de permettre aux enfants l’accès à l’éducation, aux populations d’accéder aux services de santé de base ….

Le deuxième objectif est la création d’activités génératrices de revenu. L’ONG a ainsi créé une coopérative artisanale pour permettre la valorisation du patrimoine traditionnel et la commercialisation des produits locaux. L’agroécologie, faisant partie intégrante de la vie villageoise, a pris une place de plus en plus grande dans les projets de l’ONG depuis environ 10 ans. Le but est d’autonomiser les paysans mais aussi de recréer le lien social entre les villageois. L’association a donc derrière elle un solide réseau d’acteurs et une expérience de plus d’une trentaine d’années dans le développement par et pour les populations locales.

SOL : Selon une étude, au Sénégal, 50 % des produits agricoles sont importés ce qui participe à l’appauvrissement des populations. S’ajoute des politiques agricoles qui se révèlent inadaptées au changement climatique et à la désertification croissante du pays. En quoi l’agroécologie peut-elle apporter des éléments de réponse à ces problèmes ?

Berta Gielge : C’est évident que l’agroécologie est un modèle plus adapté que le modèle « conventionnel » pour répondre aux problématiques du réchauffement climatique et à la désertification.
Son principe est de s’adapter à son milieu, autrement dit de trouver des solutions selon le contexte climatique, selon les caractéristiques du sol. L’agroécologie, c’est envisager la terre non pas comme un élément à exploiter mais plutôt comme une entité à respecter. Dans ce modèle le lieu où l’on cultive, c’est très souvent le lieu où l’on vit, donc on en prend soin.

Finalement l’agriculture à échelle familiale est plus réfléchie : on est proche de tout ce que l’on produit, de tout ce que l’on consomme et de tout ce que l’on rejette. On joue avec les morceaux du puzzle et on ne crée pas d’externalité négative. Les déchets que l’on produit sont réutilisés et compostés. Ce mode de vie sous-entend l’adoption d’un cycle vertueux pour soi et pour son environnement.

IMG-20180207-WA0008

SOL : Depuis plus d’une dizaine d’année le Sénégal vit un exode rural massif vers les grandes villes et notamment vers Dakar, selon vous quels sont les facteurs qui poussent les populations, et plus particulièrement les jeunes, à fuir les campagnes ?

Berta Gielge : L’exode rural est un grand problème au Sénégal et c’est une de nos grandes priorités. Beaucoup de villages en souffrent. Ce sont principalement les hommes et les jeunes qui migrent vers les grandes villes, pour y chercher la réussite matérielle. Les villages se retrouvent donc peuplés de femmes et de personnes âgées.

L’agriculture subit une crise d’ampleur, qui s’est accentuée tout au long du XXème siècle en raison de multiples facteurs comme l’appauvrissement des sols par la monoculture, la sécheresse et la désertification, ainsi que l’ouverture sur le marché international. Un autre facteur important vient du fait que le développement tel qu’on a l’habitude de le valoriser se passe dans les villes (par exemple: la réussite c’est la ville, l’avenir c’est la ville, La technologie, les médias, l’action c’est aussi les villes …) Les ruraux et surtout les jeunes ont conscience d’être en marge de la société moderne, voire d’en être exclus. Ils ont ainsi la perception que la terre et l’agriculture n’offrent pas de richesses et mènent irrémédiablement vers la pauvreté. Cependant, ce sont la télé et les radios auxquelles ces jeunes ont accès qui communiquent sur de fausses possibilités permises par la mobilité, leur donnant envie d’être ailleurs, quitte à subir la désillusion.

IMG_20170322_122030

SOL : Le projet Biofermes au Sénégal débute bientôt dans la région de Mbaké Cadior. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce qui va être mis en place ?

Berta Gielge : Le projet s’appuie sur un réseau d’experts agronomes sénégalais qui vont former 13 apprentis. Ces apprentis vont mettre à leur tour en place des activités, des formations pour aider les paysans de la région en apportant leurs connaissances. Mais la démarche pour ces apprentis-formateurs est aussi de se nourrir de l’expérience de ces paysans. Ces derniers détiennent un savoir-faire, un héritage, indispensable, qui amène à expérimenter et à se combiner avec le volet théorique agricole des experts. Chaque milieu est différent et nécessite un modèle agroécologique particulier, adapté à ses caractéristiques. Les populations locales vont donc donner et recevoir, se nourrir du projet et le nourrir.

La ferme de formation est la première étape du projet. Elle donnera naissance à des modèles agroécologiques de fermes adaptés à l’environnement local et résilients au changement climatique. Une fois établis nous mettrons en place une ferme de production pour assurer la rentabilité et la pérennité du projet. L’état d’esprit est de rester innovant, de se nourrir de l’expérience et ensuite de diffuser les modèles pertinents.

SOL : Près de 150 paysans seront formés à l’issu du projet, que vont-ils pouvoir apprendre pendant leur formation ?

Berta Gielge : Les grands volets seront :

  • Le maraîchage
  • Les semences
  • L’élevage (des bovins, des ovins, des caprins, la volaille, …)
  • La pisciculture
  • La transformation alimentaire (elle visera au début à nourrir le bétail)
  • L’arboriculture et l’agroforestie

IMG_20171208_130559

SOL : Le développement de l’agroécologie peut-il recréer le tissu social qui s’est érodé dans cette région ?

Berta Gielge : Nous l’espèrons. Concernant les femmes ça a déjà commencé. Pourquoi ? Et bien parce qu’elles se montrent très réceptives à l’apprentissage de nouvelles compétences et à la formation de réseaux d’entraide qui leur permettent de développer de nouvelles activités. Ce qui a déjà été mis en place fonctionne très bien, les femmes de la région accueillent et assimilent les initiatives avec enthousiasme.

Pour les hommes, c’est un peu plus compliqué. Ils se montrent intéressés dès qu’ils perçoivent des opportunités économiques solides que les projets peuvent permettre. Pour eux, l’enjeu est de les faire revenir dans le village, de les faire quitter leurs activités en ville, ce qui nécessite des arguments matériels plus forts. Notre objectif est donc aussi de leur montrer que l’agroécologie peut engendrer des bénéfices et être rentable.

SOL : Un des objectifs de Biofermes Internationales est de conserver et multiplier les semences paysannes afin de préserver la biodiversité et faire face au changement climatique. Existe-t-il à l’heure actuelle des semences prometteuses pour faire face à la désertification ?

IMG_20171208_114650Berta Gielge : Oui, il en existe. Les cultures traditionnelles se montrent en fait très adaptées au changement climatique. Parmi elles, on peut citer le petit mil, le sorgho, le maïs, le haricot niébé … Une des réponses à la désertification c’est de diversifier les variétés de semences. Il faut diversifier et revenir à la pratique, tester et expérimenter différentes cultures. Il n’existe pas un modèle unique miracle. C’est un mirage.

Conserver ses semences apporte en soit une réponse car ces semences s’adaptent d’année en année au climat et à leur environnement. En plus cela rend autonome les paysans qui sont actuellement dépendants au point de vue des semences. On trouve même des cas où certains sont incapables d’acheter leurs graines ce qui les entraîne dans un cercle vicieux de pauvreté. Notre tâche est donc d’encourager les paysans à conserver ou à réintroduire ces pratiques de sauvegarde des semences.

SOL : Vous avez également visité la ferme de Sainte-Marthe qui fait, elle aussi, partie du projet Biofermes. Qu’avez-vous appris et que retenez-vous de ces échanges avec les acteurs du projet en France ?

Berta Gielge : J’ai appris beaucoup de choses. J’ai particulièrement aimé les projets autour des semences. À Sainte-Marthe, il y a un jardin très bien organisé et un conservatoire pédagogique sur lequel on va s’appuyer avec Ndem. C’est important car il y a un grand travail de conscientisation à faire. Le conservatoire permet de sensibiliser et de montrer concrètement qu’il existe des moyens innovants et agroécologiques. Ça permet de donner une image concrète et d’entreprendre une démarche pédagogique.

IMG-20180206-WA0003

Il faut aussi parler de la démarche de recherche que chacun a mené dans les fermes que j’ai visitées. Ils se fondent sur du concret, de l’expérience, et expérimentent constamment de nouvelles possibilités, de nouvelles semences et de nouvelles techniques. Dans ces fermes, on se montre ouvert à l’initiative… et c’est une démarche qui est aussi centrale dans notre projet au Sénégal,une démarche d’expérimentation constante.

Alors l’opportunité pour nous c’est que le projet va être mis en place dans une zone difficile, où, à première vue, les conditions ne sont pas favorables à l’agriculture. Mais justement si cela fonctionne cela va encourager les autres paysans parce qu’ils vont se dire « si ça marche là-bas, ça marchera forcément ici ». Autrement dit le projet a le potentiel d’avoir un impact important, il peut entraîner les gens découragés à adopter des techniques qui leur permettront de s’adapter à leur terre.

SOL : Selon vous quelles opportunités représentent le projet Biofermes pour les paysans sénégalais et plus généralement pour les paysans bénéficiaires du projet en France, en Inde et au Sénégal ?

Berta Gielge : Ils vont pouvoir profiter des échanges avec les autres pays membres du réseau. Dans l’agroécologie en général, on peut apprendre de n’importe quelles autres initiatives que la sienne, en l’adaptant à son contexte. Concernant les différents partenaires de Biofermes, on peut dire que les dynamiques qui les touchent sont les mêmes mais elles agissent différemment selon le pays. On doit donc toujours s’adapter à son milieu, je ne crois pas aux recettes miracles, mais ce qui est important c’est l’état d’esprit d’ouverture. Dans cette optique, même en allant dans un milieu totalement différent du sien comme la France ou l’Inde on peut découvrir des idées auxquelles on n’aurait jamais pensé et ces idées peuvent parfois être réutilisées chez soi.

Ce qui est intéressant aussi avec ce projet, c’est qu’il connecte des acteurs qui sont peu visibles. Ils sont souvent sans moyens, peu montrés dans les médias, ce sont en fait des exclus de la mondialisation. Créer un tel réseau c’est important pour les rendre visibles et leur donner une reconnaissance. On est vraiment très heureux de faire partie de ce réseau !

Interview réalisée à Paris, au siège de SOL, par Thomas Pavie, Assistant chargé de projet, en février 2018

Pour en savoir plus sur le projet Bioferme International 

Restez informés sur les avancées du projet en consultant le site dédié à Biofermes Internationales …

Découvrez le projet Valoriser les céréales locales mis en place au Sénégal …

Sénégal en mouvement | novembre 2021

L’ONG des villageois de Ndem, un exemple à suivre

ONG villageois de Ndem

Depuis 30 ans, l’ONG des villageois de Ndem intervient dans le village Ndem situé dans la région de Diourbel, à 120 km de Dakar. L’ONG oeuvre pour accompagner les populations à bénéficier de conditions de vie satisfaisantes. Aujourd’hui, le village de Ndem est devenu un modèle en termes d’artisanat moderne et responsable au Sénégal. Le village y propose des produits vendus au niveau national mais aussi international.

L’ONG des villageois de Ndem, qu’est-ce que c’est ?
En 1984, Serigne Babacar Mbow et Sokhna Aisha Mbow s’installent dans le village de Ndem, sur la route de Thiès. Le couple est épris d’amour pour ce territoire respirant la spiritualité. Ils décident alors d’y fonder une communauté solidaire, en quête d’une vie riche de simplicité. Ainsi, ils fondent une association villageoise, qui se transforme en 2006 en une organisation non-gouvernementale : l’ONG des villageois de Ndem. C’est une Assemblée Générale constituée de 4 600 adhérents provenant des 16 villages environnants qui pilote l’ONG.

Depuis 30 ans, celle-ci accompagne les populations dans un processus d’amélioration des conditions de vie. Elle s’inscrit autour de 5 axes : les besoins vitaux, les infrastructures, la qualité de vie, le partage et la relation humaine. Ainsi, elle intervient dans le domaine de la santé, de l’éducation, de l’artisanat, et de l’environnement.

L’ONG des villageois de Ndem tend à accompagner les villageois dans l’identification et la création d’activités génératrices de revenus. Elle permet aux populations locales d’accéder à des infrastructures socio-sanitaires de base. Ainsi, l’accès à l’eau, à la santé et à l’éducation a été possible afin de leur donner des conditions de vie satisfaisantes. L’ONG encadre la gestion des ressources naturelles de manière durable, afin de préserver l’environnement et d’en tirer avantage de manière respectueuse. Elle instaure une éthique de vie collective et privilégie l’ouverture d’esprit.

Quelques exemples des projets entrepris depuis 1985.
En 1985 naissent les premiers projets collectifs. Les membres de l’ONG ont créé un champ d’arachides ainsi qu’un moulin à moudre de céréales. En 1989, c’est le début de la construction de l’école de Ndem. Un dispensaire est aussi mis en place. De surcroît, en 1993, une ambulance vient compléter le système de santé. On construit une cantine scolaire avec réfectoire, et on étend les champs avec une culture de manioc.

Dernièrement, les 6 salles de classe de l’école élémentaire ont été rénovées, ainsi que le réseau électrique desservant les espaces refaits. En 2019, un puits fut construit à Keur Potié, avec des pompes pour le maraîchage alimentées par deux panneaux solaires.

Depuis 30 ans, l’ONG des villageois de Ndem est partie de zéro. Elle accompagne le village dans tout son développement.

Les espaces Maam Samba
La mission principale de l’ONG est d’accompagner le village dans son développement. Pour pérenniser cette action, l’ONG des villageois de Ndem a eu la brillante idée de créer des espaces de commerce équitable.

Deux objectifs spécifiques sont visés :

La promotion des activités de commerce équitable au niveau national
L’autonomisation et la pérennisation des activités, pour une augmentation des bénéfices servant à financer de nouvelles actions sociales

Les boutiques
Aujourd’hui, nous pouvons trouver les produits responsables Maam Samba dans deux boutiques : une à Dakar, et une à Saly. Le village de Ndem contient de nombreux artisans, de différents domaines : la couture, la teinture, la broderie, le coton, le tannage… Le village a instauré tous ces corps de métier grâce à la mise en place d’ateliers, de sorte à former de nombreuses personnes à un savoir-faire unique.
Ainsi, dans ces boutiques atypiques, nous trouvons une large gamme de produits fabriqués dans le village. Du linge de maison de qualité supérieure, une ligne de vêtements responsable et confortable… En outre, de nombreux accessoires sont exposés, tels que des sacs, des bijoux, des paniers traditionnels et même des huiles essentielles naturelles.

Les produits sont aussi disponibles sur leurs sites web les artisans du sahel et maison barkelou ainsi que dans quelques boutiques en France, en Belgique, aux États-Unis et depuis récemment, à Ibiza.

La Maison d’Hôtes et le restaurant
Dans une démarche de tourisme responsable et solidaire, la maison d’hôtes Maam Samba se situe à Ngor, à 400 mètres de la plage. Elle dispose de 6 chambres spacieuses, dotées de balcons et de salles de bains individuelles. Tout le mobilier vient tout droit du village de Ndem. Ici, tout n’est que douceur et hospitalité.

Le restaurant, lui, se trouve sur une terrasse ombragée. Depuis Janvier 2020, il propose une gastronomie simple et raffinée, composée des légumes des champs agro-écologiques de Ndem et des villages proches.

Enfin, en 2021, Maam Samba représente deux concept stores, une maison d’hôtes et un restaurant. D’ailleurs, tous les produits sont tous issus de la culture et du savoir-faire unique du village de Ndem. Tout cet écosystème solidaire est un réel exemple à suivre pour le développement économique et social du pays, dans le respect de l’environnement et de la culture. Une part des bénéfices des espaces Maam Samba sont reversés directement à l’ONG des villageois de Ndem, pour pérenniser les actions de croissance de Ndem.

Chinese (Simplified)EnglishFrenchGermanItalianSpanish